Qui êtes-vous ?

J'écris des textes de création pour "transposer" un film en poème. Certains de ces textes ont paru en revues de littérature numériques ou papier. Il s'agit d'allier émotion de cinéma et poésie, de passer des images aux mots, juste changer de medium artistique pour transcrire images et mouvement. Cinéma contemporain ou non, cinéma de femmes, écologique, cinéma violent et vivant, captant le réel à s'en blesser d'images et de mots.

jeudi 17 septembre 2026

film-herbier

 https://fr.web.img4.acsta.net/c_310_420/img/e1/90/e190766f19ef869a44535a04e60cf19c.jpg

film-herbier

créer genre nouveau (image argentique, pleine terre ou mer, voix off rauque et calme)

défilent fleurs et champs, côtes maritimes normandes

est-ce la fin qui fait filmer

plantes et fleurs

qui fait inventer film-herbier

tandis que le botaniste égrène

noms latin noms vernaculaires

reines des prés et presle

choux maritimes et ortie sans défense

herbe au marin et cirse aux gros yeux

le réséda grappe mauve

la valériane herbe aux chats pour le sommeil

le chrysanthème des moissons

la guimauve et celles

dont on ne sait plus le nom, on le dit, humilité de terre

 

dessiner dans petit carnet crayon gras mise en abyme

d’image filmée (gradation, nuances de couleurs, danse à peine)

assis dans l’herbe filmeurs (caméra très noire, très technologique de profil dans le champ très vert, comme gros animal incongru, va-t-elle blesser, détruire, comme chien noir)

filmer c’est capturer l’âme de la plante

dans le vent la plante mûre, discrète, commune

celle que l’on connaît sans connaître le nom

c’est très simple pourtant les spectateurs ne croiront pas

ce champ de lis de Saint Bernard

(si blanc si ondoyant dans le vent, légèreté de danseuse)

le cinéma alors fait voir ce qu’on ne voit pas

dans le fouillis des herbes

affine notre regard

se fait regard-de-botaniste

décode les noms les familles les millions d’années

celles qui ne vont pas survivre (au réchauffement)

les toxiques ou celles dont les graines

luttent contre le scorbut

il est question d’une chance (de voir ça)

que le cinéma permette de voir

que la voix fasse herbier

et que les fleurs

et que la clarinette improvisée

(on remercie pour les images, l’herboriste et le filmeur)

 

serait-ce

que l’image technologique réhausse l’image naturelle

apprend à voir/distance

ce que le spectateur perçoit

mimésis somptueuse et lente

serait-ce

assomption de l’herbier mouvant

sept promenades rousseauistes

pour filmer avant que trop tard (ce qu’il reste de)

fleurs et tiges, herbacées grêles

champs forêts grèves calcaire

face à la mer plantes instinctives

on mélange tous les noms l’érudition désuète

on a compris

qu’un herbier se meut comme vent comme film

l’équipe de tournage se repose dans l’herbe

après avoir cueilli butiné images avant

fin du monde/film-tombeau

(embaumer les fleurs de film avant leur mort)

 

 

à propos de Sept promenades avec Mark Brown, Pierre Creton et Vincent Barré, 2025.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

film-herbier

  film-herbier créer genre nouveau (image argentique, pleine terre ou mer, voix off rauque et calme) défilent fleurs et champs, côtes ma...