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J'écris des textes de création pour "transposer" un film en poème. Certains de ces textes ont paru en revues de littérature numériques ou papier. Il s'agit d'allier émotion de cinéma et poésie, de passer des images aux mots, juste changer de medium artistique pour transcrire images et mouvement. Cinéma contemporain ou non, cinéma de femmes, écologique, cinéma violent et vivant, captant le réel à s'en blesser d'images et de mots.

dimanche 16 août 2026

polar limousin

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c’est dans les sous-bois des forêts de la Creuse que s’achèvent les polars français

entre Guéret et la Souterraine parmi les ronds-points occupés de Gilets jaunes et de caristes

c’est là que des paysans sont enfermés à l’HP pour cause de dépression et que leur femme tente de s’échapper au soleil au bord de la mer

tandis que l’adolescente très mûre envisage la suite, tâche d’apprendre à devenir agricultrice (toutes les vaches ont été vendues)

dans la paille sous la bâche on entrepose les téléphones portables

mais on n’abandonne pas le frère touché d’une balle et qui a peur, qui n’en peut plus de jouer dans un polar creusois

après avoir été ouvrier et pauvre, avoir tenté d’être riche et non-ouvrier, après avoir

et le papier peint des murs de la ferme connaît toutes les histoires ravalées

celles des femmes et des filles qui restent, tandis que dans les discothèques on tâche d’imiter le chant du coq

que la radio colporte les nouvelles des ministres et les matchs de foot, que les routiers lisent le programme télé avant de s’endormir sur le parking de l’autoroute (au niveau de Châteauroux, panneau Guéret centre)

que la violence est inhérente à la pauvreté à la douleur aux vallons verts aux forêts presque rousses

tandis que les hommes n’en peuvent plus d’obéir aux ordres lancés dans les casques dans l’entrepôt

qu’ils voudraient tant

en finir avec le prolétariat avec les vaches et les smartphones

que les revolvers résonnent dans les forêts avec le sang et la course

que la femme tente d’utiliser fusil de chasse pour y croire

à ce polar rural à cette façon qu’ont les hommes d’en finir avec la misère lente

de lui préférer la prison violente et les flics, sur les petites zones commerciales des petites villes de province

avec la fuite la course le cyclo la camionnette qui flambe les semi-remorques et l’envers de la joie

depuis la première image toute bleue de la ligne discontinue sur le bitume nocturne de l’autoroute verte

depuis les camions et la Creuse, ces forêts brunes et jaunes, la violence rurale anodine

film noir fraternel et fermier, bétail évacué caméra brusque et sociale

sweats bonnet doudounes et capuches dans les hivers du centre visages réels

 

à propos de Un monde violent, Maxime Caperan, 2024.

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