
c’est un film d’après-vie
quand la cinquantaine arrive qu’on a vécu qu’on a des douleurs physiques et psychiques la peur de la tumeur et les flashbacks qui remontent sans crier gare
un film où des passés grisonnants rejaillissent des hommes aimés/perdus et la caverne blanche où l’on projetait le cinéma dans un remake platonicien
où des femmes lavaient le linge en bord de rivière et elles chantaient avec les draps étendus sur les plantes et les couleurs et l’enfant regardait
l’enfant lisait aussi il apprenait au maçon à lire et le maçon le dessinait lisant et le premier désir
un film où ne pas pouvoir faire de film conduit à prendre de l’héroïne
et une exposition d’art populaire ramène l’enfant assis lisant
l’enfant et les livres l’enfant et le cinéma plus préoccupé du cinéma que de la maison-caverne
et les hommes anciens amants revenus et le scénario devenu théâtre intime de cet amant qui prenait de la coke et s’éloignait
un film où l’on montre visuellement en dessins colorés toutes les douleurs corporelles et les autres les angoisses et les paniques
où la mère est morte où une femme prend soin de où les deux anciens amis l’acteur et l’amant mais on ne recherchera pas le premier le maçon à qui l’on a appris à écrire
les images sont là l’art sauve le cinéma permet de vivre le dessin surnage hors du temps les livres et les récits deviennent scénarios et le monde prend sens
l’art et la mère, les désirs pour les hommes, l’héroïne quand l’art s’estompe, contre toutes les douleurs l’art ou la drogue
aucune autre issue les dieux sont morts ne peut que s’échapper le corps ne peut que se droguer ou écrire
testament où l’art prend toute sa place, dessin cinéma écriture parmi les désirs jeunes et les corps vieillissants sans le dire
les films d’Almodovar s’approfondissent avec l’âge le burlesque et les couleurs s’estompent la vie laisse sa marque patinée et floutée
douleur quand on n’écrit plus mais à la fin on réécrit le cinéma m’a sauvé le cinéma, la gloire n’est que la conséquence de l’acte de se sauver contre la douleur l’écriture contre la douleur
à propos de Douleur et gloire, Pedro Almodovar, 2018.