
c’est dans les sous-bois des forêts de la Creuse que s’achèvent les polars français
entre Guéret et la Souterraine parmi les ronds-points occupés de Gilets jaunes et de caristes
c’est là que des paysans sont enfermés à l’HP pour cause de dépression et que leur femme tente de s’échapper au soleil au bord de la mer
tandis que l’adolescente très mûre envisage la suite, tâche d’apprendre à devenir agricultrice (toutes les vaches ont été vendues)
dans la paille sous la bâche on entrepose les téléphones portables
mais on n’abandonne pas le frère touché d’une balle et qui a peur, qui n’en peut plus de jouer dans un polar creusois
après avoir été ouvrier et pauvre, avoir tenté d’être riche et non-ouvrier, après avoir
et le papier peint des murs de la ferme connaît toutes les histoires ravalées
celles des femmes et des filles qui restent, tandis que dans les discothèques on tâche d’imiter le chant du coq
que la radio colporte les nouvelles des ministres et les matchs de foot, que les routiers lisent le programme télé avant de s’endormir sur le parking de l’autoroute (au niveau de Châteauroux, panneau Guéret centre)
que la violence est inhérente à la pauvreté à la douleur aux vallons verts aux forêts presque rousses
tandis que les hommes n’en peuvent plus d’obéir aux ordres lancés dans les casques dans l’entrepôt
qu’ils voudraient tant
en finir avec le prolétariat avec les vaches et les smartphones
que les revolvers résonnent dans les forêts avec le sang et la course
que la femme tente d’utiliser fusil de chasse pour y croire
à ce polar rural à cette façon qu’ont les hommes d’en finir avec la misère lente
de lui préférer la prison violente et les flics, sur les petites zones commerciales des petites villes de province
avec la fuite la course le cyclo la camionnette qui flambe les semi-remorques et l’envers de la joie
depuis la première image toute bleue de la ligne discontinue sur le bitume nocturne de l’autoroute verte
depuis les camions et la Creuse, ces forêts brunes et jaunes, la violence rurale anodine
film noir fraternel et fermier, bétail évacué caméra brusque et sociale
sweats bonnet doudounes et capuches dans les hivers du centre visages réels
à propos de Un monde violent, Maxime Caperan, 2024.

