elle le quitte elle ne sait pas elle s’en va sort de l’appartement enfermés ils étaient non lo so elle répète grande banlieue vide grands ensembles sortent de terre
elle erre dans la ville moderne elle erre dans la ville grise elle ne desserre pas le regard elle rit elle est triste elle change d’un coup elle ne sait pas
la séquence africaine telle échappée hors du monde occidental elle se grime fonce sa peau danse se déhanche sous la musique mais des relents colonialistes elle ne sait pas (que cela va finir, en violence)
à la bourse tous crient la mère n’a pas le temps ils hurlent qu’ils gagnent ils hurlent qu’ils perdent elle regard extérieur elle ne sait pas elle traverse
un avion est une possibilité de changer de point de vue elle est heureuse elle aime le monde elle traverse le café elle voudrait rester là ne sait pas c’est bref ne dure pas
quand on sort l’Alfa Roméo blanche du lac elle sait (qu’il y a un mort dans la voiture que les enfants rient que le propriétaire s’inquiète des réparations) elle bouleversée
dans la ville rectangulaire les façades blanches aux angles durs elle erre dans le parc elle ne sait pas elle marche elle se demande comment/pourquoi aimer
des briques agencées perpendiculaires un immeuble en chantier un tonneau plein d’eau des constructions non lo so et les passants curé nurse et landau cariole à cheval
lui achète BMW coupe les téléphones se met en colère dès le début de la relation a accumulé les maîtresses (brunes /blondes) et les stylos avec les femmes nues en plastique
lui appartement plein de sculptures/peintures le dévisagent et se taisent bourgeoisie établie hors grands ensembles lui il sait (la bourse et les belles voitures)
elle regarde beaucoup elle parle très peu elle sait que la relation amoureuse est condamnée d’avance ne peut plus ne sait plus aimer ne sait plus juste regarde
une femme d’âge mûr à la fenêtre d’en face une femme brune visage et yeux noirs dans la rue sévère et dure inconnue des copines rieuses la nostalgique d’Afrique
tire au fusil sur un ballon l’Afrique est morte pied d’éléphant empaillé peau de zèbre idéalisation de l’eden pré-industrialisation perdue mais la révolte
elle blonde et insaisissable marche les rues regarde les rues les constructions et la musique qui déréalise la modernité les lampadaires gros plan et fin
depuis la fenêtre : deux bonnes sœurs les tables d’un café en carré parfait un soldat et elle ne sait pas (si elle l’aime s’il l’aime ce qu’est l’amour)
un plan de feuillages qui bougent dans le vent sans ciel un plan en contre-plongée des canopées pins et arbres qui tournent elle regarde elle ne sait pas (s’ils s’aiment)
deux fois la nurse au bébé deux fois la carriole au cheval et le tonneau d’eau le bout de bois qui flotte la tonneau percé l’eau s’échappe et ils ne sont plus là histoire finie
l’amour c’est comme un grand malentendu dans une ville en construction les terrains plats les terrains vagues en plongée rues rectilignes et vides elle ne sait pas
lui reste l’étranger le courtier de la bourse l’Alfa Roméo ou la BMW elle gravite dans ce monde-là elle est déjà fantôme de leur histoire née-avortée
un travelling sur des palissades immeubles modernes froids et droits travelling très lent immeubles très neufs musique discordante trouant le réel moderne
fourmis sur l’écorce d’un tronc en gros plan et les échafaudages de la vie les quartiers neufs sont vides au soir rentrent les bus et les gens du travail nuit tombante
les passants vieux ont visages étranges hiératiques gros plan sur l’oreille sur l’œil un vieux à lunettes observe ne bouge pas et l’eau s’écoule de tonneau à caniveau
elle disparue lui disparu totalement hors champ la ville et les passants terminent le spectacle plan panoramique plan rapproché sur le bébé de la nurse aucune parole
la musique discorde tout l’espace elle ne sait pas (où ils sont pourquoi ne viennent pas au rendez-vous) carrefour vide tonneau vidé réarmement atomique titre du journal
un employé arrête un jet d’eau sur une pelouse et les gouttes sur les feuilles arrêt sur image plans aux angles blancs d’immeubles blancs deux têtes d’homme en haut
une fissure dans le sol une fissure dans le film immeubles échafaudages tout est vide le capitalisme en marche la modernité vide ne sait pas interroge la plasticité du film
lui interchangeable (ex-amant nouvel amant) elle fée perdue dans la ville elle les échafaudages modernes et perpendiculaires elle la caméra de son regard
à propos de L’éclipse, Michelangelo Antonioni, 1962.