Qui êtes-vous ?

J'écris des textes de création pour "transposer" un film en poème. Certains de ces textes ont paru en revues de littérature numériques ou papier. Il s'agit d'allier émotion de cinéma et poésie, de passer des images aux mots, juste changer de medium artistique pour transcrire images et mouvement. Cinéma contemporain ou non, cinéma de femmes, écologique, cinéma violent et vivant, captant le réel à s'en blesser d'images et de mots.
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vendredi 4 septembre 2026

elle ne sait pas (non lo so)

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elle le quitte elle ne sait pas elle s’en va sort de l’appartement enfermés ils étaient non lo so elle répète grande banlieue vide grands ensembles sortent de terre

elle erre dans la ville moderne elle erre dans la ville grise elle ne desserre pas le regard elle rit elle est triste elle change d’un coup elle ne sait pas

la séquence africaine telle échappée hors du monde occidental elle se grime fonce sa peau danse se déhanche sous la musique mais des relents colonialistes elle ne sait pas (que cela va finir, en violence)

à la bourse tous crient la mère n’a pas le temps ils hurlent qu’ils gagnent ils hurlent qu’ils perdent elle regard extérieur elle ne sait pas elle traverse

un avion est une possibilité de changer de point de vue elle est heureuse elle aime le monde elle traverse le café elle voudrait rester là ne sait pas c’est bref ne dure pas

quand on sort l’Alfa Roméo blanche du lac elle sait (qu’il y a un mort dans la voiture que les enfants rient que le propriétaire s’inquiète des réparations) elle bouleversée

dans la ville rectangulaire les façades blanches aux angles durs elle erre dans le parc elle ne sait pas elle marche elle se demande comment/pourquoi aimer

des briques agencées perpendiculaires un immeuble en chantier un tonneau plein d’eau des constructions non lo so et les passants curé nurse et landau cariole à cheval

lui achète BMW coupe les téléphones se met en colère dès le début de la relation a accumulé les maîtresses (brunes /blondes) et les stylos avec les femmes nues en plastique

lui appartement plein de sculptures/peintures le dévisagent et se taisent bourgeoisie établie hors grands ensembles lui il sait (la bourse et les belles voitures)

elle regarde beaucoup elle parle très peu elle sait que la relation amoureuse est condamnée d’avance ne peut plus ne sait plus aimer ne sait plus juste regarde

une femme d’âge mûr à la fenêtre d’en face une femme brune visage et yeux noirs dans la rue sévère et dure inconnue des copines rieuses la nostalgique d’Afrique

tire au fusil sur un ballon l’Afrique est morte pied d’éléphant empaillé peau de zèbre idéalisation de l’eden pré-industrialisation perdue mais la révolte

elle blonde et insaisissable marche les rues regarde les rues les constructions et la musique qui déréalise la modernité les lampadaires gros plan et fin

depuis la fenêtre : deux bonnes sœurs les tables d’un café en carré parfait un soldat et elle ne sait pas (si elle l’aime s’il l’aime ce qu’est l’amour)

un plan de feuillages qui bougent dans le vent sans ciel un plan en contre-plongée des canopées pins et arbres qui tournent elle regarde elle ne sait pas (s’ils s’aiment)

deux fois la nurse au bébé deux fois la carriole au cheval et le tonneau d’eau le bout de bois qui flotte la tonneau percé l’eau s’échappe et ils ne sont plus là histoire finie

l’amour c’est comme un grand malentendu dans une ville en construction les terrains plats les terrains vagues en plongée rues rectilignes et vides elle ne sait pas

lui reste l’étranger le courtier de la bourse l’Alfa Roméo ou la BMW elle gravite dans ce monde-là elle est déjà fantôme de leur histoire née-avortée

un travelling sur des palissades immeubles modernes froids et droits travelling très lent immeubles très neufs musique discordante trouant le réel moderne

fourmis sur l’écorce d’un tronc en gros plan et les échafaudages de la vie les quartiers neufs sont vides au soir rentrent les bus et les gens du travail nuit tombante

les passants vieux ont visages étranges hiératiques gros plan sur l’oreille sur l’œil un vieux à lunettes observe ne bouge pas et l’eau s’écoule de tonneau à caniveau

elle disparue lui disparu totalement hors champ la ville et les passants terminent le spectacle plan panoramique plan rapproché sur le bébé de la nurse aucune parole

la musique discorde tout l’espace elle ne sait pas (où ils sont pourquoi ne viennent pas au rendez-vous) carrefour vide tonneau vidé réarmement atomique titre du journal

un employé arrête un jet d’eau sur une pelouse et les gouttes sur les feuilles arrêt sur image plans aux angles blancs d’immeubles blancs deux têtes d’homme en haut

une fissure dans le sol une fissure dans le film immeubles échafaudages tout est vide le capitalisme en marche la modernité vide ne sait pas interroge la plasticité du film

lui interchangeable (ex-amant nouvel amant) elle fée perdue dans la ville elle les échafaudages modernes et perpendiculaires elle la caméra de son regard

 

à propos de L’éclipse, Michelangelo Antonioni, 1962.

dimanche 9 août 2026

Voyage en cinéma

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Ils croisent un troupeau de bœufs noirs sur la route vide

Voyager c'est juste mouvoir le temps en sus de l'espace c'est un film embrayé vertigineux

Un travelling de route ou de train c’est du cinéma pur en marche 

Parler d'un ami poète mort expose une femme à être traitée de sentimentale et de romantique

Il part à Capri avec une jolie femme à la jambe de plâtre dont le mari rentre in extremis

Elle visite musée et passé elle regarde les ventres des femmes enceintes ou les landaus des mères 

Une procession mortuaire passe noire au milieu de Naples claire

Elle entre dans les catacombes comme dans la mort matérielle et les crânes empilés la dévisagent pendant que l'autre femme prie pour son frère mort en Grèce et pour avoir un enfant

Le passé plein d'Italie ou de Grèce antiques les dévisage comme la mort réelle

La Sybille de Cumes renvoie son écho dans l'antre de pierres

Une prostituée mélancolique a perdu une amie de 32 ans morte en laissant un bébé de sept mois

Toutes les femmes sont des mères potentielles en sursis des Marie défigurées de souffrance et de vie

Les fumerolles de soufre fument depuis les entrailles de la terre bouillonnante elles défacilitent l’image

Et la fumée envahit l'écran sous le souffle des humains tandis que le ventre des cavernes 

Tandis qu'en haut le temple d'Apollon l'attend elle seule

Capri belle de toutes ses villas blanches dans la nuit et le bateau blanc qui file sur la mer plate 

Et l'Italie antique sociologique et religieuse déploie son mystère tel celui de la vie

Alors à Pompéi émergent deux corps de plâtre, la statue sous la caméra se fait mouvement, apparition lente sous les pinceaux des fouilleurs de terre, comme vivantes les statues au musée nous regardent de leurs grands yeux blancs, elles sont les corps de pierre de bronze et se meuvent dans le cinéma des vestiges

Aucun touriste ne trouble les rues non déblayées encore de Pompéi, ni les rues de Naples, sinon notre regard, seuls touristes riches arpentent le passé dans leur voiture

Les enfants courent dans les rues et une vierge habillée de noir traverse procession moyenâgeuse 

Tandis que des petites filles robes noires défilent 

Petits garçons bien séparés en deux cortèges 

Mais comment peuvent-ils encore y croire

En dieu en l'amour dans ce cinéma qui traque l'Italie et le passé chez les aristocrates finissants les grandes maisons blanches noyées dans les oliviers

La beauté plastique des visages de cinéma et des visages des statues antiques

Mêmes corps mêmes visages entre mort et vie

Entre statues et corps de plâtre inachevés tel le désir 

La beauté seule religieuse par instinct et l'art par solitude 

Mais comment peuvent-ils encore croire

 

à propos de Voyage en Italie, Roberto Rossellini, 1954.

le cinéma m'a sauvé

      c’est un film d’après-vie quand la cinquantaine arrive qu’on a vécu qu’on a des douleurs physiques et psychiques la peur de la tum...