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J'écris des textes de création pour "transposer" un film en poème. Certains de ces textes ont paru en revues de littérature numériques ou papier. Il s'agit d'allier émotion de cinéma et poésie, de passer des images aux mots, juste changer de medium artistique pour transcrire images et mouvement. Cinéma contemporain ou non, cinéma de femmes, écologique, cinéma violent et vivant, captant le réel à s'en blesser d'images et de mots.

dimanche 9 août 2026

Voyage en cinéma

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Ils croisent un troupeau de bœufs noirs sur la route vide

Voyager c'est juste mouvoir le temps en sus de l'espace c'est un film embrayé vertigineux

Un travelling de route ou de train c’est du cinéma pur en marche 

Parler d'un ami poète mort expose une femme à être traitée de sentimentale et de romantique

Il part à Capri avec une jolie femme à la jambe de plâtre dont le mari rentre in extremis

Elle visite musée et passé elle regarde les ventres des femmes enceintes ou les landaus des mères 

Une procession mortuaire passe noire au milieu de Naples claire

Elle entre dans les catacombes comme dans la mort matérielle et les crânes empilés la dévisagent pendant que l'autre femme prie pour son frère mort en Grèce et pour avoir un enfant

Le passé plein d'Italie ou de Grèce antiques les dévisage comme la mort réelle

La Sybille de Cumes renvoie son écho dans l'antre de pierres

Une prostituée mélancolique a perdu une amie de 32 ans morte en laissant un bébé de sept mois

Toutes les femmes sont des mères potentielles en sursis des Marie défigurées de souffrance et de vie

Les fumerolles de soufre fument depuis les entrailles de la terre bouillonnante elles défacilitent l’image

Et la fumée envahit l'écran sous le souffle des humains tandis que le ventre des cavernes 

Tandis qu'en haut le temple d'Apollon l'attend elle seule

Capri belle de toutes ses villas blanches dans la nuit et le bateau blanc qui file sur la mer plate 

Et l'Italie antique sociologique et religieuse déploie son mystère tel celui de la vie

Alors à Pompéi émergent deux corps de plâtre, la statue sous la caméra se fait mouvement, apparition lente sous les pinceaux des fouilleurs de terre, comme vivantes les statues au musée nous regardent de leurs grands yeux blancs, elles sont les corps de pierre de bronze et se meuvent dans le cinéma des vestiges

Aucun touriste ne trouble les rues non déblayées encore de Pompéi, ni les rues de Naples, sinon notre regard, seuls touristes riches arpentent le passé dans leur voiture

Les enfants courent dans les rues et une vierge habillée de noir traverse procession moyenâgeuse 

Tandis que des petites filles robes noires défilent 

Petits garçons bien séparés en deux cortèges 

Mais comment peuvent-ils encore y croire

En dieu en l'amour dans ce cinéma qui traque l'Italie et le passé chez les aristocrates finissants les grandes maisons blanches noyées dans les oliviers

La beauté plastique des visages de cinéma et des visages des statues antiques

Mêmes corps mêmes visages entre mort et vie

Entre statues et corps de plâtre inachevés tel le désir 

La beauté seule religieuse par instinct et l'art par solitude 

Mais comment peuvent-ils encore croire

 

à propos de Voyage en Italie, Roberto Rossellini, 1954.

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