
film-herbier
créer genre nouveau (image argentique, pleine terre ou mer, voix off rauque et calme)
défilent fleurs et champs, côtes maritimes normandes
est-ce la fin qui fait filmer
plantes et fleurs
qui fait inventer film-herbier
tandis que le botaniste égrène
noms latin noms vernaculaires
reines des prés et presle
choux maritimes et ortie sans défense
herbe au marin et cirse aux gros yeux
le réséda grappe mauve
la valériane herbe aux chats pour le sommeil
le chrysanthème des moissons
la guimauve et celles
dont on ne sait plus le nom, on le dit, humilité de terre
dessiner dans petit carnet crayon gras mise en abyme
d’image filmée (gradation, nuances de couleurs, danse à peine)
assis dans l’herbe filmeurs (caméra très noire, très technologique de profil dans le champ très vert, comme gros animal incongru, va-t-elle blesser, détruire, comme chien noir)
filmer c’est capturer l’âme de la plante
dans le vent la plante mûre, discrète, commune
celle que l’on connaît sans connaître le nom
c’est très simple pourtant les spectateurs ne croiront pas
ce champ de lis de Saint Bernard
(si blanc si ondoyant dans le vent, légèreté de danseuse)
le cinéma alors fait voir ce qu’on ne voit pas
dans le fouillis des herbes
affine notre regard
se fait regard-de-botaniste
décode les noms les familles les millions d’années
celles qui ne vont pas survivre (au réchauffement)
les toxiques ou celles dont les graines
luttent contre le scorbut
il est question d’une chance (de voir ça)
que le cinéma permette de voir
que la voix fasse herbier
et que les fleurs
et que la clarinette improvisée
(on remercie pour les images, l’herboriste et le filmeur)
serait-ce
que l’image technologique réhausse l’image naturelle
apprend à voir/distance
ce que le spectateur perçoit
mimésis somptueuse et lente
serait-ce
assomption de l’herbier mouvant
sept promenades rousseauistes
pour filmer avant que trop tard (ce qu’il reste de)
fleurs et tiges, herbacées grêles
champs forêts grèves calcaire
face à la mer plantes instinctives
on mélange tous les noms l’érudition désuète
on a compris
qu’un herbier se meut comme vent comme film
l’équipe de tournage se repose dans l’herbe
après avoir cueilli butiné images avant
fin du monde/film-tombeau
(embaumer les fleurs de film avant leur mort)
à propos de Sept promenades avec Mark Brown, Pierre Creton et Vincent Barré, 2025.